Chronique du site La Théâtrothèque

Chronique du site La théâtrothèque :

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
Du 15/10/2015 au 17/12/2015
Dimanche 4, jeudi 15 octobre, jeudi 12, dimanche 15, jeudi 19 novembre, dimanche 6, dimanche 13, jeudi 17 décembre.
Bouffon Théâtre
28, rue de Meaux
75019 PARIS
Métro Colonel-Fabien
Réservations :
01 42 38 35 53

L’adaptation de Ruy Blas par Christian Pélissier, c’est l’enthousiasme d’un homme pour la beauté des grands textes, la conquête d’une réécriture pour le théâtre, une mise en scène partisane interprétée par une troupe de comédiens complices et talentueux.
Ruy Blas, une tragédie pour la postérité. Les mises en scène signées Jean Vilar au TNP et Georges Wilson aux Bouffes du Nord sont inscrites au Panthéon du théâtre. Un rôle joué par Gérard Philipe en 1954 et par Lambert Wilson en 1992. Nombre de metteurs en scène moins connus a essayé de l’adapter, nombre de comédiens a revêtu la livrée du personnage éponyme. Certains ont marqué les esprits, d’autres se sont noyés dans les travers d’une écriture exigeante et subtile.

Un Christian peut en cacher un autre. Schiaretti en fit la pièce de réouverture du TNP de Villeurbanne en 2011. Pélissier l’a travaillée pour le Bouffon théâtre, un autre théâtre populaire. In situ, un rôle en alternance partagé par Hélie Chomiac et Pierre-François Lamiraud. La jeunesse en livrée, le talent en pourpre.

Le décor se suffit à l’architecture des lieux. Un fauteuil sert de refuge à la désinvolture de Don César, alias Anthony Hornez, assoit le pouvoir de Don Salluste, incarné par Frédéric Thérisod. En fond de scène, les rideaux noirs dissimulent les pièces du palais royal.

Don Salluste, marquis de Finlas, se présente irrévérencieux et machiavélique. Sous son regard sombre, les yeux s’accrochent à son honneur. L’allure imposante du personnage se veut disgracieuse, la lenteur du propos révèle un cynisme couvert d’orgueil. Don Salluste a le verbe haut et déplacé à l’égard de son valet, Ruy Blas. En cette fin de XVIIe siècle, la cour d’Espagne subit les revers de la chute de l’empire. Les alexandrins se font l’écho d’une tension palpable où complots politiques et intrigues amoureuses se confondent dans une sulfureuse mise en scène. Don César revient dans les coulisses du palais sous couvert d’une nouvelle identité, Zafari. Après avoir éparpillé sa fortune, le jeune homme promène sa bohême en haillons. Trouvant refuge chez Ruy Blas, Don Salluste lui promet une grosse somme d’argent. S’ensuivront des contre-situations auxquelles ne s’attendaient pas Zafari.

Ruy Blas se voit contraint par Don Salluste d’aller quérir le cœur de la Reine. La sincérité au service de la tyrannie. La Reine, interprétée par Marie Chapet, vit recluse dans le palais entourée de Casilda, sa fidèle servante, jouée par Joëlle Champeyroux, et étroitement surveillée par la Duchesse, Love Bowman. Belle comme l’espérance du jour, la jeune Reine ne feint pas ses sentiments pour Ruy Blas. Dès lors, la pièce de Victor Hugo devient vertigineuse. Don Salluste exerce une soumission perverse sur son valet et sur la Reine. Un mélange des genres s’articule autour des personnages qui gravitent dans l’étrangeté d’une prise de conscience collective. Le pouvoir et la jouissance exercée créent des brèches dans la profondeur de la nature humaine. La lumière devient l’élément moteur d’âmes malmenées et de consciences perdues. Les extrêmes se font front, la sagesse contre la vengeance, la liberté contre l’isolement, la lumière contre les ténèbres.

Christian Pélissier réalise une mise en scène qui anticipe les palpitations et restitue avec vérité les angoisses en cris d’amour. La complexité des genres se poursuit dans un jeu d’anecdotes servi en vers et contre tout car les masques tombent et les déguisements glissent sur des visages défaits. Mention particulière pour l’intelligence et la subtilité du jeu de Hélie Chomiac et de Marie Chapet.

Ce Ruy Blas au Théâtre Bouffon s’avère une belle découverte humaine avec Christian Pélissier et la troupe qui s’investit dans un spectacle abouti et motivant.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s